Quel est l'avenir des fonds en euros ?

02/10/2018
Sans conteste, l’assurance vie demeure le placement financier préféré des Français. Et de loin ! Les épargnants versent peu ou prou 135 milliards d’euros sur leurs contrats chaque année. Au point que la manne gérée par les assureurs a dépassé les 1 700 milliards à fin juin 2018.

Fonds Euro : la nouvelle donne !

Le succès de l’assurance vie repose principalement sur l’existence d’un support financier garanti et rentable, le fonds en euros. C’est le cœur de l’assurance vie : 80 % des encours et des versements y sont affectés en moyenne. Problème, les fonds en euros suscitent aujourd’hui de nombreuses inquiétudes. Baisse continue des rendements, accès de plus en plus réduit ou conditionné par les compagnies, garantie revue à la baisse sur un plan contractuel, intervention des autorités publiques, les clignotants sont au rouge. Faut-il s’en détourner pour autant ? Pas si vite. Les fonds en euros conservent des atouts maîtres pour gérer votre épargne.


Notre dossier fait le tour de la question pour décrypter la situation et adapter votre stratégie d’investissement en assurance vie.


Ce que vous devez savoir sur le fonds en euros

Le fonds en euros est la pierre angulaire de tout contrat d’assurance vie. Rappelons sa caractéristique essentielle : c’est un support financier garantissant le capital versé net de frais d’entrée.


Vous investissez 10 000 € net sur le fonds en euros, l’assureur vous garantit la restitution de cette somme à minima sans limitation de durée. En réalité, chaque année, ce montant va s’accroître des intérêts générés. Avec 2 % de rendement annuel, le capital garanti passerait à 10 200 € dès la seconde année, 10 404 € la troisième année, etc.


Souplesse d’utilisation


Support sécurisé, le fonds en euros est proposé dans la quasi-totalité des contrats d’assurance vie. Point clé : vous pouvez verser et piocher à souhait dans une assurance vie, comme sur un livret d’épargne (avec des délais de traitement plus longs toutefois).


Fort de cette liberté, le fonds en euros est tout simplement un réceptacle garanti et liquide à tout instant. Avec un plus déterminant par rapport aux livrets réglementés ou autres placements bancaires : vous pouvez détenir autant de contrats que voulu et surtout, les versements n’y sont pas plafonnés. Ces atouts rappelés, on comprend mieux le succès des fonds en euros auprès du public, toutes catégories socio-professionnelles confondues.


L’assurance vie et son fonds en euros rassurent tout un chacun. Un cadre parfaitement adapté au profil de l’épargnant français, plutôt sécuritaire par nature.


Un cadre financier et fiscal attractif


Ce n’est pas tout. La force de l’assurance vie est d’offrir de multiples solutions d’investissement. Dans la plupart des contrats, vous pouvez en effet investir sur d’autres supports financiers, sans garantie en capital cette fois, mais aussi déplacer votre épargne de l’un à l’autre via un arbitrage.


De quoi diversifier son épargne et donc, moyennant une certaine prise de risque, de dégager des performances financières de meilleure facture. Bref, ce placement tout terrain n’a pas volé son succès d’autant que la fiscalité applicable à l’assurance vie reste très attractive.


Passé huit ans, vous pouvez effectuer des retraits significatifs sur votre contrat sans payer un centime au fisc (hormis les prélèvements sociaux, inévitables). Quant aux capitaux décès, chaque bénéficiaire désigné a droit à un abattement de 152 500 € sur les versements effectués avant 70 ans. Difficile de faire mieux.


Sous le capot des fonds en euros


Derrière ce tableau général, l’épargnant s’interroge. Qui gère et de quelle manière les fonds en euros ? Seules les compagnies d’assurances vie sont habilitées à proposer ce type de support financier au sein des contrats d’assurance vie. La distribution des produits est en revanche plurielle, de la banque à l’assureur, en passant par les conseillers patrimoniaux ou sites de courtage en ligne.


Pour la gestion, c’est un univers plus opaque. Chaque compagnie doit certes respecter les obligations fixées par le code des assurances quant aux types et proportions d’actifs à détenir. Et attribuer des minima sur les bénéfices techniques et financiers dégagés.


Pour le reste, le taux de rémunération attribué va dépendre de la qualité de la gestion financière de la compagnie, mais aussi des frais prélevés et de sa politique commerciale visant à favoriser ou non certains contrats par rapport à d’autres.


Voilà pourquoi les écarts de rendement sont importants sur le marché, même si tous les taux pointent à la baisse depuis dix ans.


Un tiers d’obligations d’état dans les fonds en euros

Un peu de cuisine financière, pour finir. Les fonds en euros gérés par les assureurs sont quasiment tous composés de 80 % à 85 % d’obligations. Par ricochet, le niveau des taux obligataires est déterminant pour nourrir le rendement financier de ces fonds, le reliquat étant apporté par des investissements sur les marchés immobiliers et actions principalement.


Point clé, dans ce ratio de 80-85 %, le poids des obligations d’État s’est réduit au fil des années, représentant aujourd’hui en moyenne un petit tiers des portefeuilles des fonds en euros. Ce qui va différencier les assureurs entre eux, c’est aussi le volume et l’ancienneté de leurs actifs en euros.


Certaines compagnies détiennent ainsi dans leurs portefeuilles encore beaucoup de titres anciens rapportant davantage que les investissements actuels. Chaque année, un peu plus de 10 % de ces titres arrivent à échéance et sont donc réinvestis aux niveaux actuels.


En fait, les fonds en euros sont souvent des paquebots de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Solides donc pour éviter la tempête, mais à contrario lents pour redémarrer. Dernière information utile, toutes les compagnies ont constitué des réserves de rendement, notamment ces dernières années, pour affronter les périodes difficiles. Un assureur dispose en moyenne de 2,40 % de rendement en réserve aujourd’hui, à laquelle il faut ajouter des plus-values latentes et un peu de réserve de capitalisation pour absorber les moins-values obligataires.


Les fonds en euros en sursis

Place au contexte : il est globalement mauvais pour votre épargne sécurisée. Les taux de l’épargne réglementée sont au plus bas, avec un livret A à 0,75 %, un niveau maintenu artificiellement par les pouvoirs publics, et un PEL à 1 %. Les conditions d’investissement sont mauvaises pour les assureurs, avec des taux obligataires étatiques faméliques, négatifs depuis l’été pour les emprunts allemands, quasi-nuls pour les obligations du Trésor à 10 ans de l’État français. Résultat, les fonds en euros sont bien sûr affectés par cette conjoncture, moins rapidement toutefois que les autres placements bancaires.


Rendements au tapis


Cette crise obligataire n’est pas nouvelle. Elle perdure depuis plusieurs années, venant plomber les rendements des fonds en euros. C’est une évidence mathématique : quand vous rentrez dans votre portefeuille des titres rapportant autour de 1 %, comment pourrez-vous demain encore donner du 2 ou 3 % à vos assurés ?


Ainsi, depuis plusieurs années maintenant, on observe une baisse du taux de rendement des fonds en euros. Le rapport était de 5,30 % au début des années 2000, autour de 3,50 % en 2010 et à 1,80 % en 2017 (voir le graphique ci-dessous des rendements du fonds en euros) ...


La fête est bel et bien finie...



La chasse au bons contrats

Nuançons aussitôt ce constat. Un, les assureurs ont des réserves pour contenir la baisse si besoin. Deux, ce taux moyen masque des écarts très importants entre assureurs, voire selon les contrats d’une même compagnie.


Ainsi le taux de moyen de 1,80 % en 2017 cachait-il des rendements de 1 % à 4 %. La chasse aux bons contrats, avec un fonds en euros solide et généreux, mais aussi des frais contenus, est plus que jamais ouverte.


Restriction d’accès en cours

Inquiet des perspectives, le marché fait sa mue. Tous les assureurs cherchent, c’est logique, à restreindre l’accès au fonds en euros. Mais ce qui était une tendance commerciale non affichée devient une pratique contractuelle assumée.


Ainsi, l’accès aux fonds en euros est de plus en plus soumis à des conditions d’investissement. Par exemple, sur un versement, 20 à 40 % des sommes doivent être placées sur des supports financiers risqués, des unités de compte dans le jargon contractuel.


Des limites en montant sont aussi définies par certaines compagnies, par exemple 100 000 € au plus pourront être versés sur le fonds en euros.


Autre pratique : des bonus sont octroyés au rendement du fonds en euros pour les assurés qui s’enhardissent en parallèle sur les marchés actions. D’où cette question, légitime : sera-t-il encore possible demain de placer 100 % de son épargne sur le fonds en euros ? Rien n’est moins sûr.


D’autant que d’autres signes, peu visibles des épargnants, apparaissent.


Exemple : le fonds en euros est en train de subir une modification de sa garantie. Chez plusieurs acteurs du marché, le capital investi sur le fonds en euros est désormais garanti brut de frais de gestion. Autrement dit, les 10 000 € précités ne sont plus garantis qu’à hauteur de 9 900 € un an plus tard avec l’hypothèse de frais de gestion de 1 %.


La pression des pouvoirs publics

Dernier mauvais signe, les pouvoirs publics tapent de plus en plus fort sur la table. Sans toucher à la fiscalité du placement, ils préfèrent mettre le nez dans les portefeuilles des assureurs. Leur leitmotiv ? La crainte d’un krach obligataire – une forte remontée des taux obligataires - qui mettrait en péril les sociétés d’assurance vie, enregistrant des moins-values importantes avec le risque de fuite des épargnants vers des placements plus rémunérateurs.


Pour éviter ce scénario noir, Bercy a exhorté les assureurs à consolider leurs réserves. Des dispositifs permettent désormais au Haut Conseil de Stabilité Financière de contraindre les assureurs dans cette voie en limitant réglementairement la distribution de rendement. La possibilité d’interdire les retraits sur tous les contrats, qui existait déjà dans le Code monétaire et financier (article L 612-33), a aussi été validée par les députés.


Les bonnes stratégies pour l’épargnant

C’est dit, les fonds en euros tels que vous les avez connus - rentables, sûrs, liquides, sans plafond de versement - ont en partie vécu. Que faire, alors ? Un préalable, pas de panique ! Ne quittez pas les fonds en euros précipitamment, nullement menacés de disparition. Les assureurs se font volontiers pompiers pyromanes en la matière, c’est aussi leur intérêt non avoué de voir les épargnants changer de braquet en investissant davantage sur les marchés financiers.


C’est pour eux une source de frais plus élevés et surtout moins gourmand en immobilisation de fonds propres. Quant à la santé financière des assureurs, elle est globalement bonne en France selon les rapports des Autorités de contrôle. De quoi se rassurer un peu.


Les fonds en euros à court ou moyen terme

Ensuite, soyez lucide, il n’y a guère d’alternative pour placer de manière sécurisée votre épargne avec la possibilité de la récupérer librement. Les rendements des fonds en euros sont pour l’heure toujours supérieurs à ceux des livrets d’épargne. C’est pourquoi ce placement conserve toute sa place dans votre gestion de patrimoine, mais davantage comme un outil de trésorerie à court ou moyen terme, c’est-à-dire de 1 à 3-5 ans.


Vous avez donc tout intérêt à disposer d’un ou plusieurs bons contrats souscrits il y a plusieurs années, pour bénéficier d’un cadre fiscal attractif, avec des frais modérés voire nuls sur les versements. Vous pourrez ainsi y gérer votre épargne sécurisée à un horizon plutôt court, quelques années au plus.


Pour des montants élevés (au-delà de 100 000 €), il est sage de diversifier sa mise entre plusieurs contrats d’assureurs différents. En parallèle, conservez toujours un volant de liquidités sur des livrets réglementés, certes moins rémunérateurs, mais plus réactifs pour une demande de retrait.


Des fonds simples, tendance défensive

Sur un horizon de 5 à 10 ans, il semble judicieux de diversifier les capitaux investis sur votre assurance vie. Comment ? En prenant des risques mesurés.


Point de départ, collez impérativement à votre profil d’investisseur, à votre tempérament et à votre savoir. Si vous êtes plutôt tendance « prudent », optez pour des fonds défensifs. Il s’agit de fonds obligataires à faible volatilité ou de quelques supports immobiliers (SCPI, OPCI), vous y courrez peu de risque de voir votre capital fondre, même si rien n’est garanti par l’assureur.


Vous pouvez aussi jouer la carte des produits structurés, à capital garanti au terme (pas à tout instant !), bâtis pour rassurer l’investisseur. Dans tous les cas, optez pour des produits simples dont vous comprenez le fonctionnement.


Et dîtes-vous que ces supports financiers devraient dégager à moyen terme des performances satisfaisantes, avec des secousses possibles toutefois.


Les épargnants plus avertis sauront se tourner vers des contrats riches en solutions financières, notamment chez les courtiers en ligne ou les conseillers en gestion de patrimoine, pour sélectionner les fonds stars du moment.


Pour le long terme, l’eurocroissance attendra

Après, si vous avez beaucoup de temps devant vous, au moins 8 ans, c’est encore plus ouvert. Faut-il succomber aux nouveaux fonds eurocroissance, qui vous promettent plus de rendement en échange d’une garantie au terme seulement (8 à 40 ans) ? Il est sur ce point urgent d’attendre, tant les conditions d’investissement actuelles leur sont défavorables. Là encore, les pouvoirs publics ont choisi de les favoriser au détriment des fonds en euros classiques, avec la possibilité accordée aux compagnies, de transférer une part des richesses accumulées dans les fonds en euros. Ou comment déshabiller Pierre pour habiller Paul, à la barbe d’épargnants non informé.


Disposition d’un contrat ouvert aux frais modérés

Mieux vaut chercher son salut ailleurs. C’est simple, utilisez vraiment la palette des solutions financières de l’assurance vie, fonds en euros y compris pour sécuriser une partie de votre épargne ou vos plus-values. Certains contrats sont multigestionnaires, vous donnant accès à des fonds de qualité gérés par des sociétés différentes.


Vous aurez la possibilité d’arbitrer entre les supports, à l’abri du fisc pour les éventuelles plus-values, ne vous en privez pas. Privilégiez sans hésitation les contrats permettant des arbitrages en ligne sans limite et sans frais ! Ce sont eux qui vous donneront aussi accès à un spectre suffisant de solutions financières, notamment sur les marchés actions.


L’avis de LINXEA


Plus que jamais, avec des fonds en euros moins attractifs, la clé est de disposer d’un contrat de qualité, ouvert et peu chargé en frais. L’assurance vie est une caisse à outils qui permet de répondre à toutes les conjonctures. Il faut juste savoir s’en servir à bon escient.

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